[ #HistoiresExpatriĂ©es ] La cuisine... 🍮🍚đŸČđŸœ️

https://foguescales.fr/he15-cuisine/



https://occhiodilucie.com/

(Ă©dition n°15 - 01/2019)
(avec pour marraine Perrine, expatriée au Canada)


ThÚme proposé :

LA CUISINE

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AprĂšs les agapes et festins gargantuesques de ces fĂȘtes de fin d'annĂ©e, suivis dans la foulĂ©e (pour ne pas perdre le rythme) par les abus de galettes et autres couronnes des rois de ce dĂ©but janvier, on va friser l'indigestion, voire carrĂ©ment frĂŽler l'overdose, avec le thĂšme proposĂ© ce mois-ci. Oui, car ça reste dans l'actualitĂ© brĂ»lante des papilles (en attendant la saison imminente de la chandeleur avec ses crĂȘpes qui patientent fĂ©brilement en embuscade derriĂšre la poĂȘle...) : la cuisine !

En plus, ce thÚme est dans l'air du temps ; il paraßt que, comme diraient en boucle ma fille et ma plus jeune cousine (comme tous les "adulescents" de leur génération manifestement), La bouffe, c'est la vie !.

C'est marrant quand j'y rĂ©flĂ©chis car Ă  l'Ă©poque de ma parenthĂšse expatriĂ©e (il y a presque 25 ans maintenant đŸ˜±... Moi j'ai l'impression que c'Ă©tait (avant)hier. Le temps passe Ă  une vitesse, c'est de plus en plus effrayant !), la bouffe Ă©tait vraiment trĂšs loin d'ĂȘtre l'une de mes prioritĂ©s. À vrai dire, pour schĂ©matiser, je "ne mangeais pas" (dans le sens "avec tout le plaisir que ça procure"), je me contentais de me nourrir afin d'accomplir un simple besoin physiologique basique. Je considĂ©rais mĂȘme ça comme une pure perte de temps, mais la raison un chouĂŻa plus rationnelle est sans doute que trĂšs peu d'aliments Ă©taient Ă  mon goĂ»t. Oui, je faisais partie de ce que l'on appelle pudiquement les gens "(vraiment) trĂšs difficiles" (traduire par "(vraiment) trĂšs chiants"), ceux que l'on prĂ©fĂšre voir en photo plutĂŽt qu'invitĂ©s Ă  sa table.

💭 PensĂ©e du lecteur ≪ Non mais oĂč elle veut en venir 😑?

J'utilise le passĂ© pour raconter ça. Pourtant, si je me fie Ă  mon entourage, je devrais Ă©crire au prĂ©sent. Sauf que de mon point de vue, TOUT est relatif (je ne cesse de le rĂ©pĂ©ter !), mĂȘme dans le domaine de la bonne chĂšre. AprĂšs tout, je ne vois pas pourquoi, si je n'aime pas quelque chose, je devrais ĂȘtre immĂ©diatement taxĂ©e de "difficile", alors que si un truc que moi j'aime ne plaĂźt pas aux autres, eux ne seraient pas instantanĂ©ment cataloguĂ©s "chiants pour bouffer" ? (Je m'amuse de temps en temps Ă  l'expliquer ainsi, exemple Ă  l'appui, Ă  ceux qui critiquent mes prĂ©fĂ©rences culinaires, les rĂ©actions et rĂ©ponses embarrassĂ©es, mais surtout de mauvaises foi, sont savoureuses...). Pourquoi le proverbe "Les goĂ»ts et les couleurs ne se discutent pas !" ne pourrait pas s'appliquer Ă  moi ? J'ai toujours trouvĂ© ça soĂ»lant et trĂšs injuste...

Ceci dit, je concĂšde bien volontiers que je ne mange pas de tout, loin de lĂ  (mais qui mange vraiment de tout, honnĂȘtement ???). Mon cas pourrait se rĂ©sumer par "mauvaise française" pour la plupart des gens car je dĂ©teste le fromage, tout ce qui est poissons et coquillages, la plupart des plats traditionnels super digestes bien de chez nous tels que choucroute, cassoulet, andouillette, bouillabaisse, tartiflette, fondue savoyarde, cuisses de grenouilles, escargots, etc. Et comble d'hĂ©rĂ©sie, je n'aime pas non plus le vin et plus gĂ©nĂ©ralement je ne bois pas d'alcool (par goĂ»t, pas par conviction... Alerte scoop : c'est scientifiquement prouvĂ©, il n'y a aucun risque de rouiller en buvant de l'eau !). Je suis un pur bonheur Ă  inviter Ă  boire et Ă  manger, n'est-ce pas 😁 ?

💭 PensĂ©e du lecteur ≪ Et... c'est quoi le rapport avec la cuisine sĂ©nĂ©galaise đŸ€” ?  

Imaginez un peu ce que pouvait donner ma rencontre avec de la bouffe exotique totalement inconnue pour moi... #PhobieAlimentaire
Avec le temps, j'ai fini par ne plus me considĂ©rer comme "difficile" mais plutĂŽt comme "sĂ©lective" puisque, si j'ai le choix, je prĂ©fĂšre manger ce que j'aime et non pas uniquement ce que les autres aiment... Dit ainsi, ça paraĂźt ĂȘtre d'une logique confondante, mais manifestement ça ne l'est pas pour tout le monde.  (Si je faisais une liste exhaustive de ce que je mange, on se rendrait probablement compte qu'il y a bien plus d'aliments qui ont grĂące Ă  mes yeux que ce qu'on pense finalement).

Mais avant de réussir à arriver à ce niveau de (presque) sagesse culinaire, je suis passée par la case Sénégal, une GROSSE étape pour moi avec la phase "désespérance alimentaire" par perte de tous mes repÚres. C'est là-bas que les choses ont commencé à évoluer et s'améliorer, bien malgré moi, par la force des choses... Comme je n'avais aucune intention de me laisser mourir de faim, il avait bien fallu que je prenne sur moi pour élargir et diversifier un tantinet l'éventail de ce que je pouvais ingurgiter là-bas puisque je n'y trouvais pas tout ce dont (ou plutÎt le peu que) j'avais l'habitude de me nourrir en France.

C'est ainsi que j'ai découvert la cuisine sénégalaise.
Depuis cette époque, je mange beaucoup plus de choses que ce dont j'étais capable avant ma parenthÚse expatriée.


🗹️ Note de la narratrice ≪ Et voilĂ  oĂč je voulais en venir 😇!
💭 PensĂ©e du lecteur ≪ Tout ce BlaBla pour arriver lĂ  😏...
🗹️ RĂ©ponse de la narratrice ≪ Tout-Ă -fait ! Il faut planter le dĂ©cor et toujours remettre dans le contexte 😜!
  
Elle est rĂ©putĂ©e et considĂ©rĂ©e comme l'une des plus riches et crĂ©atives d'Afrique de l'Ouest, grĂące aux influences des populations d'horizons divers (cultures arabes et europĂ©ennes) et aux brassages issus de l'histoire mĂȘme du pays et des pĂ©riodes coloniales successives (Portugaises, Anglaises, Hollandaises, Françaises).
Je ne vais pas pouvoir confirmer ou infirmer ça. Je suis bien incapable de comparer avec la cuisine d'autres pays voisins puisqu'à ce jour, je ne connais vraiment de l'Afrique de l'Ouest que le Sénégal (mes passages trÚs furtifs en Gambie et dans le désert en Mauritanie ne comptent pas).

En revanche, ce que je peux dire c'est que le dépaysement a aussi été au rendez-vous pour moi dans l'assiette !

🗹️ PensĂ©e de la narratrice ≪ C'est bizarre mais quelque chose me dit que cette info ne va pas surprendre grand monde... Je ne sais pas pourquoi 😅!



Us et coutumes culinaires locales...

Autant dire tout de suite que le concept "ĂȘtre difficile pour manger" n'a absolument aucun sens au SĂ©nĂ©gal ! Faire sa gnangnan dĂ©licate quand il s'agit de partager un repas est tellement inconcevable que cela m'a valu de me retrouver maintes fois dans des situations surrĂ©alistes d'incomprĂ©hension totale.

Au SĂ©nĂ©gal, l'idĂ©e de pouvoir choisir et de vouloir diversifier son alimentation, les prĂ©ceptes des "cinq fruits et lĂ©gumes par jour", du "ni trop gras ni trop salĂ© ni trop sucrĂ©", du "boire un litre et demi d'eau" quotidiennement, la question existentielle cornĂ©lienne prise de tĂȘte "qu'est-ce que je vais bien pouvoir prĂ©parer Ă  manger aujourd'hui ?", etc. tout ça, c'est du blabla, de la science-fiction.

D'abord, là-bas, les sénégalais mangent ce qu'ils ont la possibilité de mettre dans leur gamelle commune, bien contents de pouvoir ingurgiter au moins un vrai repas consistant par jour. (Il n'y a pas de famine au Sénégal. En revanche, il y a quelques soucis de malnutrition infantile, carences vitaminiques et déséquilibres alimentaires. Se rajoute désormais à cela l'épidémie mondiale de malbouffe qui frappe les jeunes générations des grandes villes).

Ensuite, ils ne se vrillent pas les neurones en cherchant Ă  varier les repas. Ça, c'est une prĂ©occupation d'occidentaux ayant les moyens... Au SĂ©nĂ©gal, on mange plus ou moins chaque jour la mĂȘme chose parce que l'immense majoritĂ© de sa population n'a pas les moyens de faire autrement. ConcrĂštement, la plupart du temps il s'agit d'un simple "riz gras" ou "riz Ă  l'huile", ou bien d'un "riz sauce".

Plus généralement, pour schématiser, l'ingrédient principal d'un plat typique sénégalais est une céréale accompagnée de beaucoup d'huile (de palme ou d'arachide), et éventuellement de légumes, de poisson ou (plus rarement) de viande.
La cĂ©rĂ©ale peut ĂȘtre soit du mil (consommĂ© sous forme de farine, de couscous, en boulettes, en bouillie), soit du "petit riz" (brisure de riz ou riz concassĂ©), soit du fonio (seule cĂ©rĂ©ale sans gluten, trĂšs digeste, prĂ©parĂ©e comme de la graine de couscous). Suivant les rĂ©gions du pays, on trouve aussi du maĂŻs et du sorgho.

fonio et sauce Ă  l'arachide

Le tout est agrĂ©mentĂ© d'une sauce, la plupart du temps pimentĂ©e đŸŒ¶️đŸŒ¶️, Ă  base d'oignons, d'ail, de concentrĂ© de tomate et d'huile d'arachide (la spĂ©cialitĂ© du pays, le SĂ©nĂ©gal ayant Ă©tĂ© l'un des plus grands producteurs d'arachides du monde), et contenant immanquablement du bouillon-cube Jumbo, ou son concurrent Maggi, un incontournable pour donner plus de fumets et d'arĂŽmes (artificiels en poudre).




LĂ -bas, on en incorpore partout, y compris dans une "vinaigrette" improvisĂ©e au fin fond de la brousse (!?!? #ÇaSentLeVĂ©cu). Il est bon marchĂ©. Il y en a de plusieurs parfums, ce qui permet de donner le goĂ»t de lĂ©gumes, de poisson, de crevette ou de viande Ă  un plat qui n'en contient pas (faute de moyens pour pouvoir en acheter).

PhilĂ©as dĂ©teste ces bouillons cubes au point de ne rien apprĂ©cier de la cuisine sĂ©nĂ©galaise (et d'interdire formellement son usage Ă  la maison ! Bon, je n'ai jamais cuisinĂ© avec des cubes, ouf...). Ce qui ne l'empĂȘche pas d'aller quand mĂȘme au pays de la Teranga chaque annĂ©e ! Il se met alors en mode "survie", en se contentant de grignoter quelques grains de "petit riz" avec du poisson grillĂ©, le tout arrosĂ© de litres (histoire de ne pas risquer de se dĂ©shydrater) de Gazelle, une des biĂšres locales. Son argument imparable (d'une mauvaise foi confondante) pour justifier cet "OktoberFest" made in Africa : la biĂšre est bourrĂ©e de levures, une solution naturelle pour protĂ©ger les boyaux, donc idĂ©ale pour s'Ă©pargner les soucis de tuyauterie !





Pour les repas, ça se passe par terre, sur les nattes posĂ©es au sol puisqu'au SĂ©nĂ©gal, on ne s'installe pas autour d'une table pour manger, on s'accroupit ou on s'assoit (comme on peut... mieux vaut ne pas avoir mal au dos, des rhumatismes ou de l'arthrose...) sur un bout de natte, en prenant soin de ne pas y mettre les pieds dessus ! Parfois, il y a des espĂšces de mini tabourets en bois (tellement riquiqui qu'on ne peut y poser que la moitiĂ© de ses fesses), pas forcĂ©ment plus confortables. 
Par ailleurs, il n'y a pas d'assiettes, chacun trempe sa main droite dans le grand plat commun, dans la zone dĂ©limitĂ©e pour chaque convive par la maĂźtresse de maison (ou sa Fatou). Celle-ci dĂ©coupe avec ses doigts (ou une cuillĂšre) les morceaux Ă  partager Ă©quitablement, puis les rĂ©partit dans la zone de chacun. Gare Ă  celui qui tente de piquer un morceau en sortant de sa part dĂ©diĂ©e 😁. 
J'ai racontĂ© en dĂ©tails, dans la partie ≪ Rencontres improbables avec "l'autre"... ≫ de ce rĂ©cit prĂ©cĂ©dent, quelques-unes de mes expĂ©riences de repas traditionnels pris chez l'habitant. À lire ou Ă  relire sans modĂ©ration !

Les repas se prennent traditionnellement ensemble, gĂ©nĂ©ralement en famille (plus ou moins Ă©largie), ou alors en groupe lorsque l'on n'est pas prĂšs des siens. Se nourrir seul dans son coin est plutĂŽt inconcevable. Manger est un moment de partage (oĂč tout le monde boit de l'eau Ă  tour de rĂŽle dans la mĂȘme timbale qui passe de main en main) et de convivialitĂ©.
Niofar (="on est ensemble" en wolof), jusqu'à ce que la satiété se fasse sentir, signal poussant le repu à la peau du ventre bien tendu à se lever sans demander son reste ni attendre les autres, quitter la carpette et retourner vaquer à ses occupations.

Si jamais quelqu'un débarque à l'improviste, il sera toujours convié à prendre place sur la natte, une zone de la grande gamelle commune contenant le plat unique lui sera attribuée. C'est tout-à-fait naturel, c'est la teranga, l'art de l'hospitalité.
Si l'invité surprise est un toubab, alors on lui fournira une cuillÚre pour manger, histoire de ne pas trop le mettre mal à l'aise avec les façons de faire locales.




Quelques bases de la cuisine sénégalaise...

Assister, voire participer, Ă  la prĂ©paration des repas est l'assurance de dĂ©couvrir les bases et les secrets de la cuisine sĂ©nĂ©galaise, mais surtout de passer un moment inoubliable, riche en couleurs, en odeurs, en saveurs, en Ă©clats de rire, la bonne humeur et l'espiĂšglerie des femmes Ă©tant hautement contagieuses. (Et pour les "fragiles" toubabs que nous sommes, riche en chaleur Ă©touffante et sueur abondante ! On cuit en mĂȘme temps que les plats qui mitonnent...).

Ne surtout pas ĂȘtre pressĂ© de manger, le temps s'Ă©coule diffĂ©remment en Afrique, il infuse doucement... C'est un peu comme une allĂ©gorie de la fable ≪ Le liĂšvre et la tortue ≫ revisitĂ©e : rien ne sert de se hĂąter, de toute façon on finira forcĂ©ment par se sustenter.

Hormis les gros sacs de riz et les lourds bidons d'huile achetés en grandes quantités pour tenir le mois, les provisions s'achÚtent au jour le jour. La trÚs grande majorité des familles ne dispose d'aucun moyen de conservation comme chez nous. Point de frigo mais un inimitable et redoutable systÚme D ; par exemple, pour conserver les grosses boßtes de conserves de concentré de tomates entamées, les femmes y versent de l'huile sur la surface pour protéger de l'oxydation, de toute contamination et du pourrissement.

Tout "atelier cuisine" commence donc par une longue virĂ©e nonchalante au marchĂ© pour accompagner les cuisiniĂšres allant s'approvisionner. En guise de "cabas Ă  courses" local, elles emportent un seau ou une bassine arc-en-ciel qu'elles portent toujours sur la tĂȘte (ainsi, les mains restent libres) avec une dextĂ©ritĂ© dĂ©fiant les lois de la pesanteur qui force l'admiration (d'ailleurs, si un jour vous allez au SĂ©nĂ©gal, essayez au moins une fois de garder en Ă©quilibre sur le crĂąne et de supporter le poids d'une bassine remplie, et ensuite de marcher avec sans la faire tomber ! Je vous mets au dĂ©fi d'y arriver du premier coup, voire d'y arriver tout court. C'est trĂšs dur, ça ne s'improvise pas. Il faut avoir une musculature dĂ©diĂ©e particuliĂšre que nous n'avons pas du tout. Les sĂ©nĂ©galaises sont initiĂ©es Ă  cet exercice dĂšs leur plus jeune Ăąge.).



Arrivés au marché, c'est le top départ au bal des salutations s'éternisant et à la joute des négociations sans fin.
Mais ce qui frappe d'abord c'est qu'on dirait qu'une "color-fashion-battle" y est organisée tellement les sénégalaises sont fiÚres et ont de l'allure dans leur beau boubou chamarré. Seules les africaines savent le porter de si belle maniÚre. Elles n'ont pas leur pareil pour le mettre ostensiblement en valeur avec leur démarche savamment chaloupée. (Mes essayages de boubous, lorsque je vivais là-bas, ont plus frisé le ridicule qu'une place sur le podium... L'african style n'est pas donné à tout le monde, qu'on se le dise !).

Elles remplissent leur bassine d'oignons, d'ail, de piments, de concentré de tomates et de divers légumes cultivés là-bas tels que carottes, manioc, ignames, pommes de terre et patates douces, courgettes, aubergines, tomates, choux et salades, gombos (légume vert ressemblant à un piment allongé avec un peu l'apparence d'une petite courgette), haricots et autres niébés (haricots coco blancs avec une petite tache noire), courges, potirons.

AprÚs les étals des maraßchers, direction les allées des poissonniers, des volaillers et des bouchers. Traditionnellement, ce sont essentiellement les poissons qui accompagnent les plats. En haut de la liste des préférences locales : le thiof (mérou) qui fait partie des ingrédients du plat national (le thiof étant plutÎt coûteux, il est souvent remplacé par du yaboy), le thieboudienne (je vous épargne les nombreuses variantes orthographiques), qui signifie "riz au poisson" en wolof. On l'appelle "tiep" en abrégé.
Les amateurs de produits aquatiques sont aux anges puisque les eaux trÚs poissonneuses du pays fournissent également de la carpe rouge, du barracuda, de la carangue, du mulet, du thon, de la sole, du capitaine (grillé, c'est celui que préfÚre Philéas), du saint pierre, de l'espadon, de la lotte, de la dorade, du poulpe, du turbot, de la raie, etc.
On trouve aussi des gambas et autres crevettes (et mĂȘme parfois des langoustes), des huĂźtres de palĂ©tuviers, des crabes et des araignĂ©es de mer (qui m'ont provoquĂ© une allergie foudroyante avec Ă©ruption d'une urticaire d'anthologie dont je me souviendrai toute ma vie).
On cuisine aussi occasionnellement du poulet, du mouton, de la chÚvre, du zébu (plus rarement car beaucoup plus coûteux), du cochon (et du phacochÚre dans certaines régions) dans les communautés catholiques.
Attention, mieux vaut ĂȘtre prĂ©venu : traverser cette zone du marchĂ© peut s'avĂ©rer trĂšs Ă©prouvant d'un point de vue olfactif pour les non-initiĂ©s ! Tout particuliĂšrement lorsqu'on s'approche des marchandes vendant du poisson sĂ©chĂ©, du yaboy (grosse sardinelle, bourrĂ©e d'arĂȘtes, trĂšs apprĂ©ciĂ©e lĂ -bas. L'une des principales sources de protĂ©ines bon marchĂ©.) et du yet, un gros coquillage dont le mollusque est enterrĂ© plusieurs jours dans le sable pour le faire faisander, puis il est lavĂ© et dĂ©coupĂ© en petits morceaux avant d'ĂȘtre sĂ©chĂ© au soleil (un truc dĂ©gageant une odeur ignoble insoutenable). C'est l'ingrĂ©dient secret, dont les sĂ©nĂ©galais raffolent (ils appellent ça le "camembert sĂ©nĂ©galais"), qui donne toute la saveur aux plats. Mais le goĂ»t est si puissant qu'il faut en mettre trĂšs peu...




Une fois toutes les provisions achetĂ©es, il est l'heure de s'attaquer aux choses sĂ©rieuses sans jamais se prendre au sĂ©rieux. 

La cuisine se fait Ă  ciel ouvert la plupart du temps, dans la cour de la concession familiale. La femme sĂ©nĂ©galaise se doit d'ĂȘtre une bonne cuisiniĂšre. Alors dĂšs le plus jeune Ăąge, les filles aident leur mĂšre et apprennent ainsi par mimĂ©tisme Ă  prĂ©parer les repas. Aucun livre de recettes Ă  disposition, la transmission des traditions se fait Ă  l'oral dans le domaine culinaire aussi.

L'ambiance est joyeuse et animĂ©e. Ça papote toujours, ça rigole beaucoup surtout. Il n'est pas rare d'entendre chanter les femmes, voire mĂȘme de les voir danser entre deux tours de passoire dans les grands chaudrons posĂ©s en Ă©quilibre savant sur les feux.



Les cuisiniÚres sénégalaises ne débordent pas d'ustensiles ni d'équipements culinaires. Elles font dans le minimalisme sans le vouloir et savent parfaitement se débrouiller avec les moyens du bord.
Pas d'Ă©vier : il faut aller chercher de l'eau au puits et la ramener dans des seaux ou des bassines.
Pas de frigo ni de congélateur pour conserver les victuailles.
Pas de four, pas de gaziniĂšre, pas de plaques de cuisson, pas de micro-ondes, pas de blender ni autre robot cuiseur/malaxeur/batteur/mixeur.
Rien de tape-Ă -l’Ɠil, rien d'Ă©lectrique surtout, rien de superflu, juste le strict minimum nĂ©cessaire : immenses marmites, couvercles, grandes gamelles, bassines multicolores, Ă©cumoires, louches, couteaux, bouts de bois en guise de spatules, du charbon et/ou du bois entourĂ© de cailloux pour y poser les casseroles sur le feu, parfois un brasĂ©ro, tamis en osier et l'indispensable pilon "multifonction" (entĂȘtant instrument Ă  percussions entendu partout, tout le temps, dĂšs les premiĂšres lueurs du jour, et rythmant le temps qui s'Ă©coule lentement).








Quelques spécialités emblématiques...

La cuisine de tous les jours est plutĂŽt monotone. En revanche, lors des grandes occasions et des fĂȘtes traditionnelles, c'est ripaille, tout le monde fait bombance ! C'est la rĂ©volution sur les tables nattes et dans les assiettes gamelles. Une multitude de spĂ©cialitĂ©s traditionnelles se cuisinent aux quatre coins du pays.

À dĂ©faut de pouvoir ĂȘtre exhaustive sur le sujet, voici une sĂ©lection de cinq plats "typiquement typiques" que l'on peut dĂ©guster au royaume de la Teranga.

Thiéboudienne.
Il s'agit du plat national à base de riz et avec du thiof (mérou), des légumes, du concentré de tomates, de l'ail, du piment, du bouillon-cube et du yet (coquillage faisandé) pour relever les saveurs. Compter plusieurs heures de préparation.
Il existe des variantes avec ou sans tomates, ou avec de la viande et des Ɠufs durs Ă  la place du poisson (et dans ce cas, on l'appelle thiĂ©boudiak), par exemple.



La premiĂšre fois oĂč j'ai goutĂ© Ă  ce plat, j'ai cru qu'un incendie s'Ă©tait dĂ©clarĂ© dans ma bouche puis que le feu s'Ă©tait rĂ©pandu dans ma gorge, mon Ɠsophage, mon estomac, mes boyaux et le lendemain au bout du tunnel... Je ne m'attendais pas du tout Ă  ce que ce soit pimentĂ©, et comme je n'avais absolument pas l'habitude, ce fut le "drame" !


Le cÎté positif de ce cÎté négatif de ma dégustation, c'est que ça m'avait "vaccinée". Alors que c'était totalement impensable jusque là, j'avais appris progressivement à supporter le piment (qui, selon des amateurs habitués, n'est pas si puissant que ça par rapport à d'autres piments de la planÚte). Et puis j'avais fini par apprécier un bon tiep que je mange volontiers depuis ma parenthÚse expatriée (en ne touchant toutefois pas au poisson, que je déteste ; ça, ça n'a pas changé).


Yassa poulet.
C'est une spécialité culinaire de la Casamance, région du Sud du pays. Mais ce plat se retrouve absolument partout, sur n'importe quel menu de restaurant ou de gargote locale.
Yassa signifie "grillé" en wolof.
Le principe : du poulet mariné pendant 24 heures dans un mélange de citrons, d'oignons, d'ail, de moutarde et autres aromates, puis grillé et servi avec du "petit riz" sur lequel est versée la sauce issue de la marinade.
C'est mon plat sénégalais préféré !
Là encore, plein de déclinaisons sont possibles : yassa aux crevettes, au mouton, au poisson.


Mafé.
Ce plat est originaire du Mali, mais on le retrouve ailleurs en Afrique de l'Ouest.
Au Sénégal, il est traditionnellement préparé avec de la viande de mouton. Sa particularité : la cacahuÚte. En fait, il s'agit d'une sorte de ragoût légÚrement pimenté avec des légumes et dont la sauce onctueuse est à base de pùte d'arachide. Il est servi avec du "petit-riz" nature.
Il faut savoir que ce plat, trÚs apprécié, est on-ne-peut-plus indigeste ! Prévoir une bonne grosse sieste aprÚs sa dégustation, histoire de digérer paisiblement sans trop d'encombres ni de séquelles...
Je n'ai jamais aimé le mafé. Mais je pense que les rares que j'ai mangés n'étaient pas trÚs bien cuisinés. Donc dÚs que l'occasion se représentera, j'en goûterai à nouveau un vraiment digne de ce nom pour me faire une opinion définitive.
Pour varier, le plat peut se prĂ©parer avec du zĂ©bu, du poulet, du poisson ou mĂȘme seulement avec des lĂ©gumes.


Poisson Ă  la Saint-Louisienne.
Comme son nom l'indique, cette recette de poisson est une spécialité de la ville de Saint-Louis, ancienne capitale du Sénégal et de l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) située tout au Nord-Ouest du pays, à la frontiÚre avec la Mauritanie.
Ce plat est plutĂŽt sophistiquĂ© Ă  prĂ©parer. Il s'agit d'un mulet conservĂ© entier (pour ĂȘtre servi "en l'Ă©tat") mais vidĂ© mĂ©ticuleusement, puis farci avec sa chair mixĂ©e avec du pain, du piment, de la tomate et des aromates, et enfin recousu (pour reconstituer la forme initiale du poisson) avant d'ĂȘtre cuit au four. Il est servi accompagnĂ© de riz et d'une sauce tomate.
Étant donnĂ© mon irrĂ©sistible appĂ©tence pour le poisson, inutile de prĂ©ciser que je n'en ai jamais mangĂ©... Rien que d'y penser, j'ai les Ă©cailles poils qui se hĂ©rissent 😁 !

 
Soupou kandja.
Cette recette africaine, toujours Ă  base de riz, se singularise par sa sauce gluante faite avec du gombo
Sinon, pour les autres ingrĂ©dients, ça reste "classique" : lĂ©gumes, concentrĂ© de tomates, huile de palme, et puis viande ou crevettes ou poisson fumĂ© selon les goĂ»ts. 
Je n'ai aucun souvenir d'en avoir déjà mangé. Mais ça ne m'étonne pas car me connaissant, à mon avis, je n'ai pas goûté...



Autres spécialités en vrac...

Qui va au SĂ©nĂ©gal un jour mangera forcĂ©ment des arachides Ă  un moment ou Ă  un autre ! La culture arachidiĂšre locale a connu ses heures de gloire au temps de la colonisation. MĂȘme si la suprĂ©matie est rĂ©volue (la ville de Kaolack fut un temps le plus grand port exportateur du monde), l'arachide est toujours emblĂ©matique du pays dont il reste gros producteur. Au-delĂ  de l'huile qui en est extraite, elles composent certaines sauces, comme dans le mafĂ©. Mais on en trouve Ă©galement Ă  grignoter Ă  tous les coins de rue. Les marchandes les prĂ©parent en les faisant griller (sans huile) dans des brasĂ©ros remplis de sable puis les servent emballĂ©es dans un cornet de papier journal.
La fatou d'un des collÚgues expat' de Philéas les utilisait pour préparer des plaques de nougatine. Elle concassait au pilon les cacahuÚtes (jamais appelée comme ça là-bas), les disposait dans un moule à tarte, faisait beaucoup de caramel qu'elle versait ensuite par-dessus. Le temps de refroidir et hop : c'était une tuerie (attention de ne pas se casser une dent au passage) !

Dans la catégorie "grignotage", il y a également les noix de cajou. Le Sénégal cultive beaucoup d'anacardiers. Dans une précédente édition, j'ai déjà expliqué en photos tout le processus de production (du cÎté du village d'Oussouye en Casamance), de la récolte jusqu'à l'apéro.


En parlant d'apéro justement, la gourmandise dont je raffolais (paradoxalement) : les pastels. Voilà l'exception qui confirme la rÚgle en ce qui concerne mes goûts et mes couleurs. C'est bien la seule préparation à base de poisson que j'ingurgitais sans avoir des nausées sur le champ... Il faut dire que le "goût de la mer" était vraiment neutralisé par la préparation et la sauce pimentée l'accompagnant (tellement forte pour mes papilles que parfois j'en avais les yeux qui coulaient). Ceci explique sans doute ce paradoxe.
Les pastels sont des petits chaussons ou beignets fourrĂ©s d'une farce pimentĂ©e Ă  base de poisson (la viande peut ĂȘtre une alternative) et de lĂ©gumes, cuits au four ou frits, que l'on trempe ensuite dans une sauce pimentĂ©e lĂ©gĂšrement vinaigrĂ©e aux oignons et au concentrĂ© de tomates. Ça m'enflammait les papilles, mais c'Ă©tait succulent.

Pour manger sur le pouce, plusieurs options sont possibles.
S'arrĂȘter dans une dibiterie pour manger une brochette de viande de zĂ©bu, d'agneau ou de mouton, grillĂ©e au feu de bois.



Faire une halte dans une gargote libanaise pour y manger, par exemple, un chawarma, le sandwich oriental.
Acheter dans la rue ou au bord de la route des beignets de toute sorte préparés et vendus par des marchandes ambulantes.


 
Et les desserts dans tout ça ?
La seule vraie préparation à laquelle j'ai goûté, j'en ai complÚtement oublié le nom, mais je me rappelle parfaitement de la mixture... C'était une bouillie de mil au lait caillé. J'avais trouvé ça tellement ignoble que je n'ai plus jamais voulu en manger.
Dans le mĂȘme ordre d'idĂ©e, il existe aussi du riz au lait.

D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on ne peut pas dire qu'il y ait vraiment de traditions "pĂątissiĂšres" au SĂ©nĂ©gal. Mais il existe tout de mĂȘme des douceurs Ă  se mettre sous la dent.

Il y a des fruits de saison : mangues (ma folie lorsque je vivais là-bas, je n'ai encore JAMAIS mangé ailleurs dans le monde des mangues aussi bonnes, grosses et savoureuses que celles que je mangeais au Sénégal ! Et pourtant, dÚs que j'en vois en voyage, je m'y précipite systématiquement dessus...), papayes (que je déteste), oranges et mandarines trÚs gouteuses mais pas trÚs pratiques à manger car farcies (euphémisme) de pépins, pamplemousses, citrons et citrons verts, corossols (dont je buvais des litres de jus, une sacrée découverte), goyaves, noix de coco, jujubes, tamarins, figues de barbarie, bananes, pastÚques, ananas verts à la chair blanche (en Casamance), etc.

Comme curiosité locale, on trouve du pain de singe. Il s'agit ni plus ni moins que du fruit du baobab, arbre Î combien emblématique d'Afrique en général et du Sénégal en particulier.

ce qui se cache à l'intérieur du pain de singe

Il est bourré de calcium, trÚs riche en vitamines C, et contient aussi des antioxydants, du phosphore et du fer.
Sa chair blanche peut se manger crue. Sa texture un chouïa farineuse, avec des pépins, surprend les palais non-initiés. Mais on en fait surtout du jus de bouye. Il a des vertus médicinales pour les désordres intestinaux. Inutile de faire un dessin... (de toute façon, je ne sais pas dessiner).


Il y a le jus de bissap, la boisson couleur pourpre à déguster absolument au Sénégal. Elle est issue de la macération ou de l'infusion des fleurs d'hibiscus, additionnée de (beaucoup trop de) sucre pour tempérer l'acidité du breuvage.
On en fait Ă©galement des confitures.
Il existe le bissap rouge et le bissap blanc dont les fleurs se rajoutent aux ingrédients des sauces parfois.
C'est un antioxydant plein de vitamines C, dont on dit qu'il fait baisser la tension  et aide Ă  la digestion.

D'autres boissons typiques peuvent se siroter, tels que le jus de gingembre (pour palais avertis), le "jus" de tamarin, les 3 thés lors du rituel de l'ataya dont j'ai déjà parlé à de multiples reprises, les infusions de feuilles de kinkeliba (plante faisant office de médicament soignant à peu prÚs tout) qui constituent la boisson chaude du petit déjeuner de nombreux sénégalais, ou encore le singulier "café touba", du nescafé épicé au clou de girofle ou au poivre noir de Guinée, conservé dans des "thermos" et vendu au verre dans les rues ou au bord des routes.




Il existe bien d'autres spĂ©cialitĂ©s culinaires au SĂ©nĂ©gal. Je ne peux que vous encourager Ă  aller les dĂ©couvrir par vous-mĂȘmes dans les diffĂ©rentes rĂ©gions du pays !







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Les coulisses de mes #HistoiresExpatriées

Préambule à mes #HistoiresExpatriées


Précédentes #HistoiresExpatriées :

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Ă©dition n°13 : Le systĂšme mĂ©dical...
Ă©dition n°12 : Les rapports humains...
Ă©dition n°11 : Coin prĂ©fĂ©rĂ© au SĂ©nĂ©gal...
Ă©dition n°10 : Le corps ailleurs...
Ă©dition n°9  : La vie professionnelle ailleurs...
Ă©dition n°8  : La (barriĂšre de la) langue...
Ă©dition n°7  : Votre coin de France. (je n'ai pas participĂ© Ă  ce numĂ©ro)
Ă©dition n°6  : Ce que j'aurais voulu savoir avant de partir...
Ă©dition n°5  : Mon ailleurs la nuit...
Ă©dition n°4  : Ma nouvelle routine...
Ă©dition n°3  : Pourquoi es-tu partie ?
Ă©dition n°2  : FĂȘtes et lumiĂšres d'ailleurs...
Ă©dition n°1  : Un nouveau "chez soi" ailleurs...





Toutes les autres participations abordant ce thÚme sont listées en fin d'article ici.







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