Les massages 💆 en ThaĂŻlandeđŸ‡č🇭 ??? Supplices sous les cocotiers... 🏝🏖



De tous les endroits visitĂ©s dans le monde, le plus Ă  l'Est de la planĂšte oĂč nous Ă©tions allĂ©s jusqu'alors Ă©tait l'Ăźle de La RĂ©union dans l'ocĂ©an Indien. Nous n'avions encore jamais mis les pieds en Asie. Et pourtant PhilĂ©as rĂȘvait de ce continent depuis tellement longtemps. Plusieurs destinations asiatiques figurent dans sa (trĂšs longue) liste d'envies de voyages.
C'était prévu... Un jour, c'était sûr... Mais quand ?

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En dĂ©finitive, c'est un couple d'amis qui a rĂ©ussi Ă  nous convaincre de concrĂ©tiser. Ils nous ont proposĂ©s de partir avec eux pour une parenthĂšse « convivialitĂ©, dĂ©tente et dĂ©couverte » au bord de la mer d'Andaman sur l'Ăźle de PHUKET en THAÏLANDE, pays pour lequel ils avaient eu un gros coup de cƓur quelques mois auparavant lors de leur prĂ©cĂ©dent voyage.

Pour ĂȘtre tout-Ă -fait honnĂȘte, la ThaĂŻlande n'Ă©tait pas vraiment dans le « top 5 » de nos destinations envisagĂ©es immĂ©diatement. Les hauts lieux du tourisme de masse mondial, Ă  la rĂ©putation sulfureuse en plus (pour ne pas dire graveleuse), nous rebutent en gĂ©nĂ©ral. Mais en fin de compte, nous nous sommes laissĂ©s persuader d'oublier tous nos Ă  priori...

Finalement, c'Ă©tait aussi l'occasion de faire connaissance avec la terre natale et la culture d'origine de ma tante ThaĂŻe. Alors aprĂšs tout, pourquoi pas ?


Sur ce, comme Philéas ne fait jamais les choses à moitié dÚs qu'il s'agit de voyager, il s'est dit que tant qu'à partir à la découverte du pays du sourire, autant y retourner dans la foulée.
A peine quelques semaines aprÚs notre premier séjour, nous sommes donc repartis là-bas, mais avec nos kids cette fois, pour un circuit à travers d'autres régions.

C'est ainsi que fin 2015, pour notre plus grand plaisir, Philéas et moi avons posé à deux reprises nos valises au Royaume de SIAM.
Par la mĂȘme occasion, ce fut aussi le bonheur suprĂȘme 😁 d'engloutir un cumul d'environ 40 000 kms parcourus Ă  vol d'oiseau, de digĂ©rer grosso modo un total de 52 heures d'avions proprement dit (donc sans compter les temps d'escales, les retards, etc...), et de savourer quatre fois les joies du jetlag.





Pour le premier voyage, sur l'ßle de Phuket, chacun attendait le jour du départ comme le messie, l'épuisement était généralisé. Le besoin unanimement partagé de décompresser se faisait plus que pressant.
Comme d'habitude (sinon ce ne serait pas drĂŽle !), PhilĂ©as et moi n'envisagions pas les choses tout-Ă -fait de la mĂȘme maniĂšre...
Cette fois, je souhaitais juste recharger mes batteries en m'adonnant Ă  fond au farniente pour casser le rythme des contraintes. Je comptais aussi fermement pouvoir contempler les paysages inĂ©dits que j’allais dĂ©couvrir pour la premiĂšre fois et les photographier.
Lui n’aspirait qu'Ă  se vider la tĂȘte et ne voyait son salut qu'au travers de la promesse d'une cure intensive de massages, spĂ©cialitĂ©s locales dont on m'avait rabattu les oreilles depuis des mois !
S'il y a bien (encore) un goĂ»t que nous n'avons absolument pas en commun, c'est celui des massages !!! Alors que je dĂ©teste ça, lui adorerait se faire masser matin, midi et soir… Ben voyons ! Son idĂ©e fixe ne pouvait virer qu’Ă  la lubie…
D’autant plus que Laurent et Sylvie, nos amis, Ă©taient aussi des fans absolus de la palpation Ă  la sauce thaĂŻe et trĂ©pignaient d’impatience de pouvoir Ă  nouveau se faire tripatouiller le rĂąble quotidiennement au bord de la plage sous les cocotiers...


ForcĂ©ment, Ă  trois contre un, je ne pouvais pas lutter : le fil rouge de ce premier sĂ©jour aura donc Ă©tĂ© le MASSAGE 😌 !

 




NDLR - Que les esprits lubriques mal tournĂ©s passent leur chemin, ce rĂ©cit ne parle absolument pas de la prostitution se cachant derriĂšre les pseudo massages dits "avec Happy Ending" destinĂ©s aux obsĂ©dĂ©s du bulbe (je ne ferai pas un dessin). 
Depuis longtemps, la ThaĂŻlande se traĂźne une sale rĂ©putation avec le tourisme sexuel qui la gangrĂšne. Certes c'est une triste rĂ©alitĂ©, mais, comme bien souvent, l'arbre cache la forĂȘt...
J'ai Ă©tĂ© extrĂȘmement choquĂ©e par ce que j'ai pu voir lĂ -bas, comme par exemple la quantitĂ© inouĂŻe de "Lady Boys" dans la rĂ©gion de Phuket.
Pour autant, maintenant que je suis allée au pays du sourire, je trouve vraiment injuste de réduire la Thaïlande à ça...
  






DÚs le lendemain matin de notre arrivée nocturne à Surin Beach, petit coin de paradis à l'Ouest de l'ßle de Phuket, la principale préoccupation fut le repérage des "salons" de massage en plein air au bord de la plage.


c'Ă©tait pas dĂ©gueu Surin Beach quand mĂȘme...


Il n'a pas fallu longtemps pour en trouver, il y en a presque tous les 20 mĂštres ! Les massages proposĂ©s (diffĂ©rents types et durĂ©es de oil massage, ou bien le thaĂŻ massage traditionnel) et les prix pratiquĂ©s Ă©taient Ă  peu prĂšs les mĂȘmes partout. La diffĂ©rence s'est donc faite sur la frĂ©quentation de l'atelier pĂ©trissage en plein air, un bon indice d'Ă©valuation de la qualitĂ© des prestations/satisfaction de la clientĂšle.

Bref, moins de 24 heures aprĂšs notre arrivĂ©e, PhilĂ©as Ă©tait dĂ©jĂ  Ă  l'horizontale sous les parasols et les cocotiers, pour un oil massage d'une heure. GĂ©nĂ©reusement huilĂ© de la tĂȘte aux pieds par les mains expertes (et puissantes) d'une des masseuses, il se transformait lentement mais sĂ»rement en beignet bien gras. Au fur et Ă  mesure que ses tensions se dĂ©nouaient, il me marmonnait qu'il fallait absolument que j'essaie moi aussi... Sa somnolence et son air bĂ©at ne laissaient absolument aucun doute sur le bonheur intense qu'il avait Ă  ĂȘtre lĂ , ici et maintenant !


AprĂšs quelques sĂ©ances d'essais, nos Hommes ont finalement jetĂ© leur dĂ©volu sur un "stand" oĂč sĂ©vissaient notamment deux masseuses ThaĂŻes pur jus Hui et Nong, deux prĂ©noms "exclamatif" prĂ©destinĂ©s pour celles qui distribuaient autant de bien-ĂȘtre (ooh Hui) que de douleur (ooh Nong) ! En voyant leur allure inoffensive, on ne se serait jamais mĂ©fiĂ© d'elles. Mais ces (redoutables) petits bouts de femme, Ă  la force phĂ©nomĂ©nale insoupçonnĂ©e, sont capables de manipuler le corps de n'importe quel touriste, y compris ceux au gabarit massif et imposant. Ne jamais se fier aux apparences...


Le rituel/planning des massages a été mis en place dÚs le premier jour : (au moins) un oil massage (de minimum une heure) par jour, sinon rien.

Dans le mĂȘme temps, la lancinante rengaine Ă  mon Ă©gard a dĂ©butĂ© : 
《 ➖ il faut absolument que tu essaies ! Tu ne peux pas venir en ThaĂŻlande et ne pas tester l'une des spĂ©cialitĂ©s locales, c'est pas possible !!! 
➖ non merci ! Je dĂ©teste me faire tripoter par des inconnu(e)s. En plus, il y a du sable partout, ça gratte, et avec tout ce gras, ça colle c'est dĂ©gueulasse... Et puis j'ai mal partout, je ne vais pas le supporter.
➖ mais non, justement, ça va effacer toutes tes douleurs au contraire, c'est fait pour ça ! 
➖ ...😡💣💀... 》


Chaque jour, nos Hommes surveillaient fĂ©brilement leur montre (un comble en vacances...) pour ne surtout pas rater l'heure de leur massage... ni l'heure de l'apĂ©ro (mais c'est un autre dĂ©bat 😃...) !!!

Une fois, Philéas a voulu tenter le véritable Thaï massage.
Il n'avouera jamais clairement qu'il aurait mieux fait de s'abstenir ce jour-là. Mais la nuit d'intenses souffrances physiques qu'il a passée suite à cette séance a parlé pour lui de toute façon. Il n'a plus pu nier... Il a juste fini par reconnaßtre à demi-mot que "ça", ce n'était pas fait pour lui...
Pourtant, quand il a dĂ©barquĂ© en demandant le fameux ThaĂŻ massage de renommĂ©e mondiale, la rĂ©action de la masseuse affectĂ©e Ă  la tĂąche (une petite dame d'un mĂštre cube et d'un certain Ăąge) aurait dĂ» lui mettre la puce Ă  l'oreille. Elle a ouvert grand la bouche et les yeux, dubitative, comme pour lui dire 《 es-tu vraiment sĂ»r que c'est ce que tu veux ? 》. Puis elle a Ă©clatĂ© de rire, lui a pincĂ© le gras du bide, palpĂ© la peau des bras, appuyĂ© par Ă -coups sur les Ă©paules comme pour lui signaler qu'il manquait de suffisamment de viande autour des os pour pouvoir manipuler la bĂȘte sans la transformer en steak hachĂ© !!!

En théorie, l'objectif du Thaï massage traditionnel est de libérer le corps de toutes ses tensions et ses blocages, et d'évacuer tout le stress et les toxines accumulés.

En pratique, le but du jeu pour la masseuse a Ă©tĂ© de plier PhilĂ©as (le massĂ©-suppliciĂ©) dans absolument tous les sens jusqu'Ă  parvenir Ă  lui faire prendre la forme d'un bretzel... 

Mais avant d'en arriver lĂ , elle a dĂ» le travailler au corps, c'est le moins que l'on puisse dire, car il lui a donnĂ© du fil Ă  retordre ! Pour parvenir Ă  ses fins, elle s'est acharnĂ©e sur les articulations de ses genoux en y appuyant fort dessus et en y plantant les doigts, en tirant ensuite sur ses jambes comme si elle cherchait Ă  l'Ă©carteler. Vu le corps de mon athlĂšte, c'Ă©tait pas gagnĂ©... Mais contre toute attente, elle a quand mĂȘme rĂ©ussi Ă  lui remonter les talons jusqu'au niveau du nombril cĂŽtĂ© face, et jusqu'au-dessus du coccyx cĂŽtĂ© pile (on aurait dit une grenouille le pauvre), ce qui est un vĂ©ritable exploit quand on sait que PhilĂ©as est moins souple qu'un manche de pioche !
La masseuse-tortionnaire a fait subir le mĂȘme sort Ă  chacune de ses autres articulations. Elle les a mĂ©ticuleusement dĂ©boĂźtĂ©es les unes aprĂšs les autres. J'ai eu peur qu'elle ne me restitue ma moitiĂ© en kit, entiĂšrement dĂ©sarticulĂ© !

Hui et Nong, les deux masseuses "chouchou" attitrées, n'ont pas raté une miette de cette scÚne tragi-comique. Elles étaient mortes de rire et ne s'en cachaient absolument pas.

La sĂ©ance a Ă©galement Ă©tĂ© rythmĂ©e par des manipulations "sportives" dignes d'un atelier pour contorsionniste, oĂč la pĂ©trisseuse utilisait ses coudes, ses avant-bras, ses pieds, ses genoux et mĂȘme son corps tout entier. PhilĂ©as est passĂ© Ă  deux doigts de la dislocation !
Les opérations "démembrements/luxations" se sont conclues sur des salves de coups vifs prodigués avec la tranche des mains et des doigts sur certaines zones du corps, comme si la décortiqueuse voulait réanimer le supplicié à l'agonie...

Malgré cette expérience littéralement traumatisante pour son corps, il a continué à se faire abondamment masser sous les cocotiers (mais pas le thaï massage, plus jamais ça....), et à me seriner que je devrais VRAIMENT essayer...

J'aurais dû écouter mon instinct et ne pas céder...
Car oui, j'ai fini par céder, "à l'usure", au bout de quelques jours.
En compagnie de Sylvie, j'ai testé le body oil massage d'une heure, pensant que ce serait le plus soft... Pour moi, ce fut un supplice du début jusqu'à la fin !
Ces quelques dessins humoristiques résument assez bien certaines de mes sensations...



Le rendez-vous (fatidique) fut pris pour une fin d'aprĂšs-midi, aprĂšs notre sĂ©ance "baignade dans une mer bleu turquoise Ă  30° / rĂŽtissage sous le soleil des tropiques / cuisson Ă  l'Ă©tuvĂ©e sous les cocotiers" du jour, et juste avant l'heure (incontournable) de l'apĂ©ritif Happy Hour sur le front de mer.

En sueur à cause de la chaleur humide suffocante qu'il faisait en cette fin de saison des pluies, emballée dans mon paréo vert pomme du plus bel effet, le corps salé comme une morue par les bains de mer, les pieds panés de sable, je suis arrivée au "salon" tendue comme une arbalÚte.

Chacune de nous deux s'est vue attribuer une masseuse et une table matelassée.
La sĂ©ance a commencĂ© par un dĂ©sensablage en rĂšgle des pieds, au moyen d'une serviette Ă©ponge imbibĂ©e d'eau (et de tous les miasmes, mycoses et verrues plantaires de tous les vacanciers prĂ©cĂ©demment essuyĂ©s Ă  la chaĂźne avec la mĂȘme serviette...). AprĂšs quoi, la masseuse m'a fait comprendre par des gestes (faute de pouvoir communiquer dans une langue commune) que je devais m'allonger sur le ventre en premier. J'ai alors tentĂ© de lui demander d'y aller molo car j'avais vraiment des douleurs un peu partout. Mais la barriĂšre de la langue a Ă©tĂ© infranchissable...

Je me suis alors calée sur le matelas et j'ai tenté de me détendre en me persuadant que tout se passerait au mieux.
Philéas se foutait de ma gueule, immortalisait la scÚne en photo ; on rigolait, tout allait bien.


Mais j'ai dĂ©chantĂ© Ă  l'instant mĂȘme oĂč elle a lancĂ© les hostilitĂ©s : elle m'a attrapĂ© un pied et a plantĂ© tellement fort ses doigts dans ma voute que j'ai manquĂ© m'Ă©touffer en retenant un cri de douleur ! Comme entrĂ©e en matiĂšre, on pouvait difficilement faire pire. DĂšs le dĂ©part les choses ont Ă©tĂ© claires pour moi : j'allais en chier jusqu'au bout !!!

Elle m'a pĂ©tri les voutes plantaires (il paraĂźt que toutes les terminaisons nerveuses du corps s'y trouvent... JE CONFIRME !), les talons (je ne pensais pas qu'on puisse ressentir une telle dĂ©charge douloureuse Ă  cet endroit) et les orteils (je n'Ă©tais mĂȘme plus trĂšs sĂ»re de n'en avoir que 10) avec une telle puissance que lorsqu'elle en a eu fini avec cette partie de mon corps, un immense soulagement m'a envahi. J'ai eu l'impression que mes pieds (suintant l'huile) avaient Ă©tĂ© dĂ©cortiquĂ©s et transformĂ©s en chair Ă  saucisse. Je me demandais si j'allais pouvoir me remettre debout et marcher aprĂšs ça...


Vint le tour des chevilles, des mollets, des genoux, des cuisses. A ce stade de la manƓuvre, j'ai eu la sensation qu'en rĂ©alitĂ© elle dĂ©sossait une carcasse de barbaque, qu'elle m'attrapait chaque tendon, chaque ligament, pour jouer de la harpe avec avant de me les replacer au bon endroit. On aurait dit qu'elle prenait un malin plaisir Ă  dĂ©coller chaque muscle pour les malaxer vigoureusement avant de les relĂącher presque tĂ©tanisĂ©s. Les crampes aux jarrets me pendaient au nez.

Le supplice s'est poursuivi en remontant zone par zone, sadiquement, méthodiquement, sans pitié, sans répit.

Bassin, dos, Ă©paules ensuite. J'avais l'impression d'avoir des mains graisseuses partout. C'Ă©tait tellement enveloppant que j'ai mĂȘme cru un instant qu'elles s'y Ă©taient mises Ă  plusieurs. La palpation Ă©tait profonde, puissante, et Ă©prouvante pour mes lombaires. Il y a eu des moments oĂč j'ai dĂ» me mordre les lĂšvres et retenir mon souffle tellement c'Ă©tait dĂ©sagrĂ©able pour moi. Je ne comprenais pas (et je ne comprends toujours pas) comment tant de gens peuvent adorer ces massages ! A moins d'ĂȘtre un brin maso...
J'ai prĂ©fĂ©rĂ© rester la tĂȘte enfouie entre mes bras sur le coussin, des fou-rires nerveux commençaient Ă  monter...


Toujours au niveau du rĂąble, j'ai soudain senti que les opĂ©rations s'intensifiaient. Comment une si petite crĂ©ature pouvait avoir une telle force de pression ? C'est alors que j'ai tournĂ© la tĂȘte du cĂŽtĂ© de ma voisine de table de torture et lĂ , j'ai compris ! La masseuse Ă©tait carrĂ©ment debout sur Sylvie et la piĂ©tinait allĂšgrement en rigolant. Je subissais le mĂȘme sort... Je grimaçais de douleur ; la masseuse d'Ă  cĂŽtĂ© a dĂ» s'en apercevoir car elle a dit quelque chose en thaĂŻ Ă  la mienne, suite Ă  quoi celle-ci est descendue de mon dos et la pression des pĂ©trissages s'est adoucie.

AprĂšs le recto, place au verso. Et les manƓuvres ont recommencĂ© de bas en haut. J'ai dĂ©couvert des muscles dont je ne soupçonnais mĂȘme pas l'existence ! 
Quand elle en est arrivée aux mains, curieusement j'ai trouvé que ce n'était pas trop désagréable. J'ai surtout trouvé incroyable ce qu'elle est arrivée à en faire, à les tourner et les plier dans tous les sens, à faire craquer l'une aprÚs l'autre chaque phalange, chaque articulation (je ne me rappelais plus qu'on en a autant !). J'ai eu la sensation que mes mains avaient doublé de volume et que mes doigts s'étaient démultipliés.

La derniĂšre partie Ă  passer Ă  la palpation a Ă©tĂ© la zone "cervicales/crĂąne". Inutile de prĂ©ciser qu'il ne vaut mieux pas sortir de la douche ni de chez le coiffeur avant d'aller lĂ ... car quand on en repart, on a les cheveux hirsutes, emmĂȘlĂ©s et aussi grassouilles que si on les avait plongĂ©s dans une friteuse ! Ceci dit, le massage du cuir chevelu a Ă©tĂ© nĂ©anmoins ce que j'ai le moins dĂ©testĂ©.
La masseuse a terminé la séance par une succession de coups vifs qu'elle a portés avec ses mains jointes sur les cÎtés de mes jambes, sur mes bras et dans mon dos, le signal que le moment de la délivrance était imminent...

En me relevant péniblement de la table, je ne savais pas si je devais éclater de rire ou fondre en larmes. Philéas, hilare, n'a rien trouvé de mieux à me dire que ce n'est que la seconde fois (qu'on passe sur la table de torture) que c'est agréable, et donc qu'il fallait obligatoirement faire un second massage pour vraiment ressentir les bienfaits...

Je n'Ă©tais qu'une immense douleur en partant de lĂ . Le lendemain, je n'Ă©tais plus qu'un tas de courbatures et j'avais l'impression de porter un corset me bloquant le dos.

J'ai quand mĂȘme hĂ©sitĂ© avant d'en remettre une couche le surlendemain.
On a fait une derniĂšre sĂ©ance tous les quatre en mĂȘme temps, les uns Ă  cĂŽtĂ© des autres, alignĂ©s comme des cadavres sur des tables d'autopsie 😂.
A un moment, j'entendais PhilĂ©as soupirer de bonheur pendant que Laurent lui lĂąchait un 《 oh oui sur les lobes, putain que c'est bon sur les lobes !!! 》 alors que Hui et Nong, monopolisĂ©es pas nos deux lascars depuis le dĂ©but du sĂ©jour, en arrivaient au crĂąne...



Pour moi, ce fut effectivement un peu moins douloureux. De toute façon, mon corps Ă©tait dĂ©jĂ  complĂštement endolori et ankylosĂ©, donc je vois mal comment ça aurait pu ĂȘtre pire... Il faut dire aussi que le changement de masseuse au beau milieu de ma sĂ©ance a Ă©galement contribuĂ© au "soulagement". Je pense que la premiĂšre n'y Ă©tait pas allĂ©e de main morte !
Mais quoi qu'il en soit, pour moi, les massages en ThaĂŻlande, ou n'importe oĂč ailleurs, c'est PLUS JAMAIS ! Je dĂ©teste ça, il n'y a plus aucun doute !

En revanche, pour Philéas et Laurent, ce n'était pas encore terminé...
Le jour du retour, alors que nous tournions en rond pendant des heures dans les boutiques du hall des embarquements de l'aéroport de Phuket, ils sont passés devant une petite boutique proposant entre autre des foot massage. Ils se sont alors dit que ce serait chouette de se faire masser une derniÚre fois avant de décoller.
Grand mal leur en a pris... Leur foot massage s'est rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre une vĂ©ritable boucherie. Laurent en a d'ailleurs pondu un rĂ©cit haut en couleurs, intitulĂ© 《 En vadrouille Ă  l'aĂ©roport de Phuket. 》. Ce retour d'expĂ©rience (douloureuse) est retranscrit en fin de rĂ©cit.



Qu'on ne vienne plus jamais me parler des bienfaits extraordinaires des massages en ThaĂŻlande !
De retour à la maison, mes douleurs ont perduré... Il m'a fallu deux séances d'ostéopathie pour réussir à tout me remettre d'aplomb (bassin dévié, trois vertÚbres déplacées...) !!!
Ce qui n'a pas empĂȘchĂ© PhilĂ©as de vanter Ă  tout bout de champs les mĂ©rites de ces massages, y compris Ă  Estelle et Anthony avec qui nous sommes repartis quelques semaines plus tard pour les fĂȘtes de fin d'annĂ©e.

Comme ce second voyage Ă©tait un circuit, PhilĂ©as n'a pas eu autant de temps qu'Ă  Phuket pour se faire masser. Toutefois, il a rĂ©ussi Ă  s'en offrir quelques uns, et a mĂȘme initiĂ© Estelle ! Anthony Ă©tait un peu trop jeune pour ça.

D'abord à Chiang Maï, au Nord de la Thaïlande, lors de l'une de nos balades le soir sur les "marchés nocturnes de Noël", Laurent a convaincu Estelle d'essayer un foot massage d'une demi-heure dans un des nombreux stands de rue.


Estelle s'est sentie trÚs mal à l'aise dÚs le départ. Elle ne semblait pas vraiment apprécier se faire malaxer les pieds. Pour couronner le tout, les masseuses étaient aussi souriantes qu'une pierre tombale (là encore, je pourrais en dire long sur les sourires soit-disant omniprésents au pays du sourire ! On a trouvé ça trÚs survendue comme réputation franchement...).
Bref, elle a été soulagée quand la séance s'est enfin terminée.


En revanche, le lendemain matin, Estelle n'Ă©tait pas contente en se rĂ©veillant ! En se levant, elle s'est Ă©criĂ©e Ă©nervĂ©e : 《 Non mais c'est une blague ! C'est plus des pieds que j'ai lĂ , c'est deux briques en 43 fillette ! Super pour le trek de demain !!! Merci Papa... 》.

Un autre soir, Philéas s'est offert un body oil massage d'une heure. Quel ne fut pas sa déception quand il s'est retrouvé allongé par terre, à se faire pétrir et piétiner par un homme sec comme une trique et désagréable au possible.

Il aurait beaucoup aimé aller se faire masser par les prisonniÚres du centre pénitencier pour femmes de Chiang Maï, une spécialité un peu particuliÚre mais vivement recommandée. Malheureusement, nous avons manqué de temps. Mais la prochaine qu'on retournera là-bas, il tentera l'expérience !

Enfin, la derniÚre étape de notre circuit était sur l'ßle de Kho Chang, deuxiÚme plus grande ßle de Thaïlande, située prÚs de la frontiÚre avec le Cambodge.
L'hĂŽtel sur la plage de Klong Prao oĂč nous rĂ©sidions disposait d'une armĂ©e de masseuses Ă  la disposition des vacanciers.
J'ai catégoriquement refusé de tenter l'expérience à nouveau, c'était hors de question. Alors forcément, Philéas a voulu qu'Estelle essaie avec lui un body oil massage d'une heure cette fois-ci.

La pauvrette... Elle s'est faite malmenée par une brute épaisse qui n'y est pas allée avec le dos de la cuillÚre.
MĂȘme PhilĂ©as, d'abord agacĂ© parce que sa fille n'aime pas non plus se faire pĂ©trir comme de la pĂąte Ă  modeler, a Ă©tĂ© obligĂ© d'admettre qu'elle Ă©tait tombĂ©e sur une tortionnaire quand, le lendemain, il s'est fait dĂ©monter Ă  son tour par cette furie !



ÉPILOGUE :

Jusqu'à la fin de notre séjour familial à Klong Prao, Philéas a continué à somnoler sous les cocotiers en se faisant palper/huiler par d'autres pétrisseuses plus douces.



Mais, de son propre aveu, il n'a jamais retrouvĂ© la qualitĂ© des massages prodiguĂ©s chaque jour par  Hui et Nong Ă  Phuket la premiĂšre fois...





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En vadrouille à l'aéroport de Phuket
 
(Les personnages sont : PhilĂ©as Fogues, grand voyageur en puissance et en hommage Ă  Verne Jules, un ami Ă  lui... Et moi-mĂȘme, Laurent Pull.)

              ArrivĂ©s avec prĂšs de quatre heures d'avance pour le vol vers DubaĂŻ, aprĂšs avoir enregistrĂ© les bagages, fait les badauds dans les "duty-free" et bu une Ă©niĂšme biĂšre Singha, las d'attendre sur des chaises inconfortables au milieu de voyageurs fatiguĂ©s, jaunes et bridĂ©s pour la plupart, il nous vint l'idĂ©e saugrenue, ou plutĂŽt saute et grenue, d'aller comparer la qualitĂ© des massages dans l'aĂ©roport avec ceux qui nous avaient Ă©tĂ© prodiguĂ©s par nos masseuses prĂ©fĂ©rĂ©es Hui et Nong (ça ne s'invente pas !) sur la plage de Surin, tous les matins des huit jours prĂ©cĂ©dents.

              Nous voilĂ  donc, PhilĂ©as et moi-mĂȘme, devant l'unique salon de la zone d'embarquement, qui ne propose (premiĂšre dĂ©sillusion) que des massages dos, tĂȘte et cou, ou pieds, Ă  un tarif certes plus onĂ©reux que d'habitude, mais bon, c'est le dernier, on est en partance et on veut savoir.
              Nous choisissons donc les pieds, payons pour une demi-heure et entrons dans le lieu de nos aventures. LĂ , point de nos lits habituels mais des fauteuils de dentiste serrĂ©s, avec des escabeaux devant. Nous nous asseyons dans un coin, l'un Ă  cĂŽtĂ© de l'autre, et attendons dans un silence de mort. D'un seul coup, nous voyons arriver, depuis une porte improbable, deux petits pitbulls, sĂ»rement des sƓurs, avec des visages fermĂ©s, toutes les deux habillĂ©es de noir avec une bande orange au milieu, sĂ»rement pour leur confĂ©rer un peu d'humanitĂ©.
              Sans un mot, elles attrapent (et le mot est faible) nos pieds dĂ©nudĂ©s et entreprennent de les laver, ou plutĂŽt de les blanchir, dans une eau avoisinant les 70 degrĂ©s, puis elles les frottent dĂ©licatement Ă  l'aide d'une brosse en fer et du savon noir. La fermetĂ© qu'elles mettent Ă  l'ouvrage les Ă©loigne lentement, mais sĂ»rement, de toute idĂ©e de fĂ©minitĂ© ThaĂŻe. D'ailleurs, ce ne sont pas des ThaĂŻes mais les sƓurs cadettes de Pol Pot qui, pour Ă©chapper aux reprĂ©sailles aprĂšs le gĂ©nocide cambodgien, ont trouvĂ© refuge dans cette zone libre et sont devenues dĂ©cortiqueuses de pieds aprĂšs avoir fait un stage, long et rĂ©ussi, de dĂ©membreuses de porcs Ă  mains nues dans un grand abattoir thaĂŻlandais.

              Elles sont petites et larges, et leurs mains commencent Ă  entrer en action sur nos pieds qu'elles ont bloquĂ©s et qu'elles entreprennent de malaxer avec force, comme pour prĂ©venir de ce qui va leur arriver trĂšs bientĂŽt.
              La mienne porte des lunettes Ă©paisses et ses yeux, ou plutĂŽt les fentes de ses yeux, que j'aperçois derriĂšre les culs de bouteilles, ne me disent rien de bon quant Ă  l'issue du combat qu'elle va livrer Ă  mes pauvres orteils.

              Ça y est, c'est parti. Elle entreprend de tordre mes pieds vers l'intĂ©rieur afin de voir mes talons, tout cela sans que mes genoux ne bougent. Ses doigts Ă©pais et forts jouent sur les articulations tarsiennes, mĂ©tatarsiennes, calcanĂ©ennes et sĂ»rement bien d'autres encore. Je ne savais pas que mes pieds pouvaient parler et Ă©mettre autant de craquements.

              Je me tords les lĂšvres afin de ne pas crier et de ne pas donner Ă  ma tortionnaire les espoirs d'une courte victoire. Je me tourne vers PhilĂ©as : il est arcboutĂ© sur son siĂšge. Je ne sais pas s'il rit et je ne suis pas sĂ»r non plus qu'il ne pleure pas en silence, les doigts de sa nouvelle amie crochetĂ©s dans son mollet droit, le faisant curieusement ressembler Ă  une saucisse de Morteau sur le point d'Ă©clater.

              Je regarde ma montre : dix minutes seulement sont passĂ©es. J'ai l'impression d'ĂȘtre lĂ  depuis deux ans.
             Nos deux bourreaux se mettent Ă  parler, Ă  chuchoter plutĂŽt. Je ferme les yeux, les pales du ventilateur au-dessus de nos tĂȘtes amplifient ces piaillements Ă  nos pieds. Et ça y est, d'un seul coup nous sommes au Vietnam, c'est Apocalypse Now. Je crie "non Bobby, accroche-toi !", mais la rĂ©alitĂ© revient au galop quand ma bourrote (je ne sais pas si ça se dit, mais ça lui va si bien) entreprend de me faire rentrer les ongles plus loin dans les orteils Ă  l'aide d'un morceau de bois qu'elle enfonce ensuite dĂ©licatement dans ma voĂ»te plantaire, Ă  diffĂ©rents endroits, son visage n'exprimant absolument rien. Elle fait ce qu'elle doit faire, c'est tout, sans brutalitĂ© mais avec une fermetĂ© et une ardeur qui forcent l'admiration.

              L'horloge rythme le temps, trop lentement Ă  mon goĂ»t (que je n'ai plus). J'ai l'impression que mes jambes s'arrĂȘtent Ă  mes genoux. Mon pied gauche, qu'elle a dĂ©laissĂ© pour s'attaquer au droit, pend lamentablement dans le vide, agitĂ© de spasmes que je ne contrĂŽle pas.

              A mes cĂŽtĂ©s, PhilĂ©as sanglote doucement, ou hoquette, ou rĂąle, je ne sais pas. Le temps est suspendu. Mamie Pot me termine en me frappant, avec beaucoup d'Ă©nergie, du tranchant de sa main sous ma plante des pieds et sur mes tibias. Son allĂ©gresse fait plaisir Ă  voir ; c'est d'ailleurs mon seul plaisir ici, je ne sens plus rien. Mes yeux sont rivĂ©s Ă  ma montre qui va nous libĂ©rer : ça y est, c'est la fin...

              Au milieu d'un filet de bave, nous les remercions vaguement, empaquetons nos pieds gras et tumĂ©fiĂ©s dans nos chaussures sans les lacer, et partons du salon, accrochĂ©s l'un Ă  l'autre avec l'impression de marcher sur des poufs !

              Oui nous reviendrons Ă  Phuket, mais pas lĂ ....

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