Afrique : un inimitable et légendaire système D...






Rien ne semble jamais impossible ni insurmontable en Afrique. 
C’est l’une des grandes leçons de vie que j’ai apprises lorsque je vivais au Sénégal. Les africains forcent l’admiration avec leur capacité à accepter et s’adapter à n’importe quelle situation sans se plaindre ni s’apitoyer sur leur sort (sauf auprès des toubabs afin de gratter quelques Francs CFA). Ils se décrivent comme très fatalistes, mais à leurs yeux, ce mot n’a pas le sens négatif et péjoratif qu’on peut lui donner chez nous. D’ailleurs, mon immersion sénégalaise a fini par me rendre fataliste moi aussi. Apprendre à lâcher prise ne fait parfois pas de mal, bien au contraire… Il y a tant de choses dans la vie contre lesquelles il est vain de lutter…

Et que dire de leur inimitable et légendaire système D qui m’a épatée un nombre incalculable de fois là-bas ! Les africains sont les rois de la débrouille, à croire que c’est inscrit dans leurs gènes. Ils ont un véritable don inné pour toujours trouver des solutions à chaque problème, et des plans B à n’importe quel impondérable.

A tel point que même mon père (exceptionnel Monsieur-je-sais-tout-faire-avec-mes-doigts-en-or-et-mon-cerveau-puissant) a été bluffé, c’est dire ! (quiconque a connu mon père sait que c’est LE truc inimaginable). Ce petit miracle s’est produit à l’occasion de sa venue au Sénégal pour nous rendre visite : Philéas l’avait embarqué avec ma mère lors d’un déplacement professionnel. Il devait convoyer de Thiès à Ziguinchor –via la Gambie (soit 7 ou 8 heures de trajet pour ≈ 400 kms) une Renault Express flambante neuve, remplie à ras bord d’ordinateurs (pour l’époque, cela représentait des marchandises dont la valeur était très nettement supérieure à celle d’aujourd’hui)



                        [ Flashback .... janvier 1995 ]

Moins d’une trentaine de kms après avoir traversé Kaolack, une chèvre noire surgit de nulle part et traverse la route : Philéas ne peut pas l’éviter et se la prend de plein fouet ! Le choc frontal est fatal pour la chèvre et… pour le radiateur de la voiture qui sort tout juste du concessionnaire ! C’est ainsi qu’ils se retrouvent alors en rade en pleine brousse, sous un soleil de plomb, seuls avec une bagnole remplie de matériels informatiques, qui fuite de sous le capot. Mais la situation n’a pas le temps d’être désespérée (à l’époque, les téléphones portables n’existaient pas encore). Un chauffeur routier bienveillant s’arrête spontanément pour leur venir en aide. C’est à partir de ce moment de l’action que le miracle s’accomplit…
 

Contrairement à Philéas, mon père maîtrise parfaitement la mécanique, et son diagnostic est sans appel : impossible de réparer ici un radiateur mort. Autant dire que lorsque le gentil chauffeur leur annonce calmement : « Amoul solo (= "pas de problèmes’’ en wolof) mes amis. Graoul. (= "c’est pas grave’’ en wolof) », mon père est plus que dubitatif ! Le chauffeur retourne alors à son gros camion Berliet des années 50, chargé au-delà de l’entendement, et en ramène… un tube d’aspirine. Mes parents et Philéas sont plus que perplexes. Avant d’être carrément bluffés par l’improbable astuce Système D. Le chauffeur ouvre le tube d’Upsa vert…. et en verse tout son contenu dans le radiateur avant d’y rajouter de l’eau… qui cesse (comme par miracle) de couler par terre au bout de quelques secondes une fois le moteur redémarré !
« Et voilà, barna (= "c’est bon’’ en wolof). Maintenant vous pouvez aller jusqu’à Ziguinchor sans problème. »
Mon père reste sans voix, stupéfait, mais bien obligé de reconnaître l’ingéniosité de cette manipulation surréaliste. Le mystérieux contenu du tube est du tabac qui a gonflé avec l’eau et a ainsi formé un bouchon colmatant la fuite.
Ne souhaitant aucun dédommagement pour sa réparation, ma mère donne au camionneur, en guise de remerciements, le paquet de cigarettes qu’elle a sur elle. Ça pourra servir pour d’autres conducteurs malchanceux…
 

Pas confiants au point de poursuivre leur route jusqu’à Ziguinchor à 230 kms de là, ils préfèrent rebrousser chemin jusqu’à Kaolack. Le dénouement de cette anecdote a lieu une fois arrivés chez un garagiste local. Philéas y laisse la voiture, persuadé qu’il ne pourra pas la récupérer de sitôt ; il pense qu’il est impossible de trouver un radiateur de rechange pour un modèle aussi récent puisque flambant neuf.
Et bien que nenni ! Après avoir dit « Amoul solo », le garagiste part au fond de son atelier pour en revenir un quart d’heure plus tard avec à la main… un radiateur ! « Reviens demain, la voiture sera prête ». Ils restent tous les trois bouche bée. 

Mais comment est-ce possible ? 
Et bien parce que rien n’est impossible en Afrique… et par le plus grand des hasards, il se trouve qu’exactement le même modèle de voiture a eu le même genre d’accident animalier la semaine précédente ; la collision a été fatale à un zébu et à toute la bagnole… sauf le radiateur !
 



La conclusion de cette mésaventure : du fin fond du Sénégal, le garagiste s’est débrouillé pour faire passer la réparation sur la garantie Renault (on ne voit pas trop comment, et on ne saura jamais), et ça n’a rien coûté, mis à part la journée perdue…

A tout malheur, bonheur est bon !!!


Une fois que l’on connaît l’incroyable aptitude des sénégalais à rebondir et ne pas se décourager à la moindre occasion, ce proverbe wolof prend tout son sens (pas forcément limpide à la première lecture...)



On devrait méditer puissamment là-dessus !













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2 commentaires:

  1. EXCELLENT M'ame Scarlett, comme d'hab.
    Bwana Pull

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    1. Oh merci Archibald !!! Des compliments de ta part valent leur pesant d'or ! Il te reste Iwol Espress à lire : prevoir 2 ou 3h de détente pour ça...

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